(New York / RDC) – Plus de 1 000 décès liés à Ebola ont désormais été confirmés depuis que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré une épidémie de maladie à virus Ebola le 15 mai 2026. Cette flambée, dont l’épicentre se situe, dans la province de l’Ituri en République démocratique du Congo (RDC), est causée par la souche Bundibugyo, contre laquelle il n’existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique. Au péril de leur propre sécurité, les professionnels de santé congolais luttent pour contenir le virus et prendre en charge les patients, alors que les attaques contre les personnels et les structures de santé se multiplient dans un contexte de conflit armé, de déplacements massifs de populations et de fortes réductions des financements humanitaires.
« L’épidémie d’Ebola se déroule dans un contexte où les systèmes de santé ont été considérablement affaiblis par le conflit et par les réductions drastiques de l’aide mondiale à la santé et à l’action humanitaire », a déclaré Thomas McHale, SM, directeur du programme Santé publique de Physicians for Human Rights (PHR). « Les professionnels de santé congolais avec lesquels nous avons échangé savent ce qu’il faut pour mettre fin à cette épidémie : la sécurité, des ressources suffisantes et un soutien leur permettant de travailler en toute sécurité avec les communautés afin de fournir des soins qui sauvent des vies. Leur expertise et leur leadership doivent guider la réponse. »
Au 23 juillet 2026, l’OMS faisait état de 2 536 cas confirmés d’Ebola. Le nombre réel d’infections est probablement beaucoup plus élevé, les chiffres officiels ne reflétant que les cas connus des autorités sanitaires. Plus de 80 % des nouveaux cas sont désormais détectés en dehors des listes de contacts identifiés, ce qui illustre les difficultés rencontrées par les équipes de santé pour retracer les chaînes de transmission et contenir l’épidémie.
Les attaques perpétrées contre les établissements de santé par des groupes armés, mais également par des membres de familles ou des communautés frustrés par les insuffisances des services de santé essentiels et alimentés par la désinformation et la méfiance, entravent davantage les efforts visant à identifier les cas, assurer le suivi des contacts et permettre aux populations de consulter les services de santé en toute confiance.
Les professionnels de santé travaillant dans la région ont indiqué à PHR que les équipes chargées de la surveillance d’Ebola manquent de financements pour couvrir des besoins essentiels tels que le carburant, les moyens de communication et les transports.
Un médecin-chef de zone de santé de l’est de la RDC a décrit les difficultés rencontrées par les équipes de terrain : « Nous faisons de notre mieux pour répondre à certains besoins, notamment en carburant, et encore faut-il disposer d’un véhicule pour effectuer les descentes sur le terrain. Mais, la plupart du temps, ces missions ne peuvent pas être réalisées faute de ressources. »
Les professionnels de santé sont particulièrement exposés au risque d’infection par Ebola. Un médecin de Bunia, située à environ 70 kilomètres au sud-ouest de Mongbwalu, où les premiers cas ont été enregistrés, a confié à PHR : « Je suis tombé malade. Je vomissais, j’avais de la diarrhée et une forte fièvre. Personne ne savait ce que j’avais. Ce n’est que quatre jours plus tard, lorsque l’épidémie a été déclarée, que j’ai compris qu’il s’agissait d’Ebola. Entre-temps, j’avais déjà contaminé mon épouse. […] »
Un autre médecin de Bunia a indiqué que certains établissements avaient dû fermer faute de matériel de prévention et de contrôle des infections, tandis que d’autres avaient été temporairement fermés afin d’être décontaminés après la prise en charge d’un cas d’Ebola.
Les établissements qui ne bénéficient pas du soutien de partenaires extérieurs manquent régulièrement d’équipements adéquats de prévention et de contrôle des infections. Comme de nombreux équipements sont à usage unique et doivent être constamment renouvelés, ces structures sont contraintes d’acheter régulièrement leurs fournitures sur les marchés locaux ou de les commander à Kampala, sans disposer d’une source d’approvisionnement stable.
Les professionnels de santé interrogés par PHR ont également fait état de conditions de travail dangereuses, de mouvements de grève, d’un épuisement extrême, de retards dans le paiement des salaires et d’un sentiment croissant d’impuissance. Une infirmière de Bunia a déclaré :
« C’est très éprouvant de voir mourir un collègue. Certaines personnes ont refusé de recevoir des soins lorsqu’elles ont constaté que les professionnels de santé eux-mêmes mouraient. »
L’infection et le décès de professionnels de santé affaiblissent les équipes médicales et réduisent encore davantage la confiance de la population envers les établissements de santé.
Le conflit armé aggrave l’épidémie et entrave la riposte contre Ebola
L’Ituri, épicentre de l’épidémie, demeure affectée par les conflits armés et les violences intercommunautaires. L’insécurité limite l’accès des équipes sanitaires et humanitaires, empêche l’acheminement des fournitures essentielles vers les établissements de santé et complique le suivi des contacts ainsi que la surveillance communautaire.
Les violences provoquent également des déplacements massifs de populations vers des camps de personnes déplacées internes où la surpopulation, l’interruption des soins et la faiblesse des infrastructures sanitaires augmentent le risque de propagation du virus.
Le 6 juillet 2026, dans la chefferie de Baboa-Bokoe, des membres du Front patriotique intégrationniste du Congo (FPIC) auraient empêché une organisation humanitaire de poursuivre une mission destinée à livrer des kits de prévention et de contrôle des infections à un centre de santé local.
Ces pressions dépassent largement le seul cadre d’Ebola. Les personnes déplacées peuvent perdre l’accès aux services de santé courants et aux soins d’urgence. Comme PHR l’a déjà documenté, les femmes et les filles déplacées par le conflit sont également davantage exposées aux violences sexuelles, à l’exploitation et aux abus.
Les attaques contre le personnel engagé dans la riposte à Ebola se multiplient
Selon une récente analyse de Mercy Corps, 68 incidents sécuritaires visant la riposte à Ebola ont été enregistrés en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu entre le 15 mai et le 30 juin 2026. Ces incidents comprennent 51 attaques contre des membres du personnel, des établissements de santé, des véhicules ou des équipements, 14 cas de menaces ou d’intimidation, ainsi que trois enlèvements ou séquestrations.
Ces violences ont endommagé au moins 11 établissements ou centres de traitement Ebola, blessé 30 travailleurs humanitaires et 11 agents gouvernementaux, et provoqué d’importantes perturbations des activités de riposte.
« Le sombre cap des 1 000 décès signalés doit susciter une action urgente, non seulement pour contenir l’épidémie d’Ebola, mais aussi pour s’attaquer aux facteurs qui alimentent sa propagation. Une riposte efficace exige un accès humanitaire sûr, la protection des soins de santé, un financement durable, la continuité des services de santé essentiels, ainsi qu’un véritable leadership et une participation active des professionnels de santé congolais et des communautés affectées », a conclu Thomas McHale.
PHR appelle le gouvernement congolais, l’Organisation mondiale de la Santé, les CDC Afrique, les Nations Unies, les bailleurs de fonds, les organisations humanitaires et toutes les parties au conflit à renforcer de toute urgence la riposte contre Ebola en assurant un financement durable ainsi que les ressources humaines, logistiques et techniques nécessaires pour soutenir les professionnels de santé de première ligne ; en garantissant un accès humanitaire sûr et sans entrave ; en protégeant les établissements de santé, les personnels soignants, les patients et les fournitures médicales contre les attaques ; en renforçant la surveillance épidémiologique, le suivi des contacts et les capacités des laboratoires ; en associant les communautés comme partenaires à part entière de la riposte ; en maintenant les services de santé essentiels non liés à Ebola, y compris les soins destinés aux survivantes et survivants de violences sexuelles ; et en veillant à ce que les professionnels de santé bénéficient d’une rémunération régulière, d’équipements adéquats, d’un soutien psychosocial et de conditions de travail sûres.
Physicians for Human Rights (PHR) is a New York-based advocacy organization that uses science and medicine to prevent mass atrocities and severe human rights violations. Learn more here.
